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Les contes de la bécasse

NOTE DE LECTURE

AUTEUR: Guy de Maupassant

DATE: 19 septembre, 2017

CATEGORIE: Nouvelles

EDITEUR: Le livre de poche

Par Béasihono

 

Esprit libre, Maupassant refusa toujours d’être affilié à une quelconque école littéraire ou à quelque groupuscule que ce soit. Il récuse toutes les étiquettes mais aussi les honneurs tels que la légion d’honneur ou une place à l’Académie française (refus qu'il regrettera par la suite).

Dès ses premiers textes, tels que la nouvelle cruelle « Boule de Suif », Maupassant affirma son rejet des épanchements du romantisme au profit de ce qu’il appela le « roman objectif ». Ses deux premiers romans, Une vie et Bel-Ami, entrent dans cette catégorie : le narrateur refuse toute plongée dans la conscience de ses personnages et toute analyse de leurs motivations. Des faits, rien que des faits.

À partir de son troisième roman, il nuance son objectivité et introduit des analyses psychologiques subtiles de ses personnages, ce qui permet de très beaux portraits.

Léon Tolstoï dira d'Une vie " C'est le plus grand chef-d'œuvre de la littérature française, après" Les Misérables ".

Les "contes de la bécasse" débutent par la "Bécasse", une nouvelle très courte qui met en scène "le vieux baron des RAVOTS qui avait été pendant 40 ans le roi des chasseurs de sa province. Mais depuis 5 à 6 années une paralysie des jambes le cloue à son fauteuil et il ne peut plus tirer que des pigeons de la fenêtre de son salon ou du haut de son grand perron. Cette nouvelle dépeint un rite singulier et débouche sur 16 récits parfois cruels pour les soirées après la chasse, les longues marches, l'attente et la fatigue du jour. Ce sont des histoires de la campagne, de cette Normandie natale que l'auteur évoque avec une tendresse narquoise et la recherche du plaisir et où il chasse l'anecdote comme d'autres y tirent la bécasse.

Paysans rusés, fermiers misérables, chasseurs bons vivants, à travers cette galerie de personnages solidement campés, ces contes du terroir normand dépeignent un réel saisissant, l'humanité avec toutes ses turpitudes, en mêlant tous les registres, du comique au burlesque en passant par le drame et la tragédie. Souvent le dénominateur commun, c'est l'argent. On perd un chien (Pierrot) ou un bras (En mer) parce qu'on est regardant -inversement on perd un fils en échange d'une rente mensuelle (Aux champs) -l'argent joue ici un rôle de perversion car il n’est pas la rémunération d'un travail. Dans "Les sabots" l'exemple est poussé à l’extrême. Des parents n'hésitent pas à prostituer leur fille pour capter un héritage.

Cette âpreté au gain va de pair avec un courage, une détermination parfois inutiles (La rempailleuse - La folle - Le testament) où ce sont des femmes qui sont les personnages principaux.

Une galerie sans concession dépeignant les 7 péchés capitaux, mais sans jamais avoir de visées moralisatrices.