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- Mme EINSTEIN - de Marie BENEDICT par Beasihono

NOTE DE LECTURE

AUTEUR:

DATE: 06 février, 2019

CATEGORIE: Romans

EDITEUR: Presses de la Cité

Dès qu'on évoque Albert Einstein, on pense tout de suite au découvreur de la théorie de la relativité à E = MC2.... Un physicien de génie dont on ne peut que saluer le travail et qui a permis à l'humanité d'avancer à pas de géant et à ouvrir d'autres horizons. Cette image lisse va s'écailler quelque peu pendant la lecture de ce roman....

En effet, qui parmi nous connait le nom de sa première épouse Mileva MARIC ? D'origine austro-hongroise, elle aussi une géniale physicienne dont l'histoire a oublié le nom et pour cause.... Elle a pourtant étroitement collaboré à cette fameuse théorie de la relativité et il apparait au travers de la correspondance qu'elle a entretenue avec Einstein, qu'elle en est à l'origine en ayant découvert ses mécanismes par de subtils calculs de mathématiques, matière où elle excellait... Cette femme avait été poussée par son père à entreprendre des études qui à cette époque (fin 19ième) étaient mal vues pour le sexe dit faible. Seule la Suisse, dont l'ouverture d'esprit est à souligner, puisqu'elle suivra les cours à l'Institut de Polytechnique de Zurich dans la même classe qu'Einstein - une classe où elle est la seule femme - mais où elle brillera en damant le pion à ses camarades masculins par ses notes excellentes  - même Einstein est derrière elle !!!.

Un très bel avenir intellectuel semble s'ouvrir devant Mileva - d'autant plus qu'étant atteinte d'une malformation congénitale à la hanche qui induit une légère claudication, elle ne trouvera jamais de mari et n'aura jamais d'enfant, selon ses parents et la société de l’époque. C'est donc à corps perdu qu'elle s'est plongée dans les études malgré les combats qu'elle doit mener pour arriver à ses fins, mais un grain de sable va enrayer cette belle machine - et ce grain de sable s'appelle Einstein.. . Est-il seulement subjugué par les capacités intellectuelles de Mileva ? Toujours est-il qu'il se rapproche d'elle, la charme par ses facéties - comme deux camarades studieux, ils travaillent ensemble en tout bien tout honneur, mais Cupidon est là et décoche ses flèches. Einstein lui écrit des lettres enflammées où il décrit une vie à deux - style bohème- où les capacités intellectuelles de Mileva brilleront de tous leurs feux - ils seront un couple fusionnel et partageront le travail et les honneurs à l'instar du couple Pierre et Marie Curie. Il est hors de question que Mileva devienne une simple femme au foyer avec pour unique souci les taches domestiques et l'éducation des enfants. Rassurée en tous points par ces projets d'avenir , Mileva accepte de rejoindre Einstein sur le lac de Côme où il a prévu une lune de miel avant l'heure, au nez et à la barbe de leur famille respective qui ne voit pas cette union d'un bon œil.

Quelques semaines après cette escapade, Mileva s'aperçoit qu'elle est enceinte, ses examens sont donc compromis, ainsi que son cursus universitaire...L'attitude d'Einstein se modifie alors, il entretient toujours une correspondance avec elle, lui assure qu'il veut toujours l'épouser mais qu'il ne pourra réaliser ce projet qu'après avoir trouvé un travail… les mois passent ainsi - elle s'est réfugiée chez ses parents - le moment de l'accouchement arrive - rendu particulièrement difficile par l'existence de cette malformation. Une petite fille, Lizerl, nait enfin... Einstein ne manifeste rien, ne serait ce qu'un peu de curiosité ou d'empathie envers son enfant. Il ne se dérangera pas pour faire sa connaissance et invoquera mille prétextes - il se contentera de demander un jour à Mileva de faire faire un portrait de l'enfant et de le lui envoyer. Il lui propose de le rejoindre mais sans Lizerl... Poussée par sa mère, Mileva accepte à contrecœur dans l'espoir de donner une famille à Lizerl - qui avait alors le statut de batarde.

Le mariage va avoir lieu avec deux témoins... Mileva, dont ce n'était pas l'optique, va devenir une ménagère modèle pour complaire à son mari. Parfois, il lui demande de collaborer à son travail lorsqu'il a besoin de ses dispositions pour des calculs mathématiques, mais peu à peu, elle a l'impression d'être utilisée. Lors de la parution de la théorie de la relativité malgré les promesses de son mari, son nom n'est pas mentionné… On assiste à une descente aux enfers pour cette femme victime d'un pervers narcissique, ce sont des humiliations d'abord en privé puis en public car il lui demande de se tenir derrière lui à quelques pas (les rôles sont donc inversés puisqu'on a vu au début qu’il lui était inférieur pour les résultats scolaires). Elle découvre également qu'il a des aventures galantes avec des admiratrices jusqu'au jour où le pire advient, il devient violent. Elle décide de quitter la maison avec leurs deux fils nés pendant le mariage, secouant ce joug matrimonial pour redevenir elle-même et retrouver une indépendance certaine.

Que sont devenus les trois enfants du couple ? Selon les recherches sur internet, l'ainée, Lizerl aurait été adoptée mais sa trace a été perdue (dans le roman elle serait morte de maladie chez ses grands parents). Le deuxième, Hans Albert, est devenu un ingénieur réputé. Le plus jeune, Edouard a terminé sa vie dans un hôpital psychiatrique...