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Présentation par FL de la séance du club de lecture NUIT DE LA LECTURE, le 19 janvier à Saint-Auban

Présentation par FL de la séance du club de lecture NUIT DE LA LECTURE, le 19 janvier à Saint-Auban

février 04/pascale/Rencontre

 

Le thème de la rencontre n’est pas « Les femmes célèbres » mais « Femmes », de façon,  justement,  à  parler AUSSI de celles qui ne sont pas célèbres, les pionnières, les oubliées, les méconnues, les dépossédées, les calomniées, les exploitées. Toutes celles qui ont été victimes de l’effet « Mathilda ».

 

L’effet Mathilda (Fr) ou « Matilda » (GB)

 

Dans les années 60, Robert King Merton, sociologue, s’intéresse à la façon dont certains grands personnages sont reconnus, au détriment de leurs proches qui ont participé à leurs travaux ou même sont à l’origine de cette reconnaissance. Il la nomme « l’effet Mathieu », en référence à un verset de l’évangile selon Mathieu 13:12 : « Car on donne à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas, on ôte même ce qu'il a ».

Au début des années 80, Margaret Rossiter, historienne des sciences, reprend le concept et l’approfondit. Elle note que l’effet Mathieu est démultiplié quand il s’applique aux femmes scientifiques. Elle nomme le fruit de ses propres recherches « effet Matilda » en hommage à la militante féministe Matilda Joslyn Gage qui, dès la fin du XIXe, avait remarqué qu’un grand nombre d’hommes avait tendance à accaparer à leur profit la pensée et les œuvres intellectuelles de femmes. 

On peut nommer, entre autres, quatre personnalités qui se sont fait spolier de leurs découvertes scientifiques. Je vous renvoie aux excellents articles de France Culture d’août et septembre 2018, qui présentent les physiciennes Mileva Marić, épouse d’Albert Einstein et Lise Meitner ; Marthe Gautier, médecin, chef de clinique ; Rosalind Franklin, chimiste ; Jocelyn Bell, astrophysicienne, ces deux dernières frustrées du prix Nobel.

On sait aujourd’hui que, loin d’être limité aux disciplines scientifiques, ce « partage inéquitable de la gloire » est un véritable « phénomène social » qui se retrouve dans tous les domaines, artistique, sportif et intellectuel. De ce fait, la place des femmes dans le monde a été minimisée voire complètement occultée depuis des décennies, voire des siècles.

 

La place des femmes dans le monde

 

Pour faciliter le cheminement des lecteurs intéressés par le thème dans une matière vaste et  touffue, on a classé assez arbitrairement les rôles, les états ou les activités des femmes en quelques rubriques-clefs, qui ouvrent l’énumération des quelques ouvrages retenus qui parlent d’elles ou les font parler (bibliographie jointe).

 

 Les Femmes monarques

Elles ont réellement exercé le pouvoir et ce n’est pas nouveau ! La très célèbre Hatchepsout, ou Maâtkarê, roi-pharaon de Haute et Basse Egypte : vingt-deux ans de règne, grande bâtisseuse et protectrice du commerce ; l’inconnue et pourtant civilisatrice fameuse Arwa al-Sulayhi, (1048-1138), reine du Yémen pendant quarante ans, la « Petite Reine de Saba » ; Bérénice d’Egypte, sœur aînée de Cléopâtre, trois ans de règne de -58 à -55 ; l’inoubliable et inoubliée Cléopâtre VII Philopator, Philopatris, (69-30), reine d’Egypte pendant vingt ans, intellectuelle polyglotte, cultivée et séductrice. Franchissons les siècles et voici les très illustres Elizabeth 1ère d’Angleterre et Catherine de Russie. Franchissons les mers et voici la grande Ranavalona 1ère (1788-1861) qui régna sur le royaume de Madagascar pendant trente-trois ans et l’impératrice de Chine Tseu-Hi ou Cixi (1835-1908), qui exerça la réalité du pouvoir pendant quarante-sept ans et eut à gérer l’intrusion des occidentaux dans un empire déclinant et convoité de toutes parts.

 

Les Femmes politiques

Elles ont eu une place déterminante ou importante dans l’histoire de leur temps. Jadis, c’étaient les épouses ou les filles ou les sœurs des monarques et grands seigneurs. C’étaient aussi, au grand jour ou dans l’ombre des hommes qui occupent les trônes, les égéries, les inspiratrices. Tout le monde a entendu parler d’Aliénor d’Aquitaine mais peu de gens connaissent sa petite-fille, Blanche de Castille, reine de France et régente pendant la minorité tumultueuse de son fils Louis IX, mieux connu sous le nom de saint Louis. En France toujours, Marguerite de Navarre dont Clément Marot disait qu’elle avait « corps féminin, cœur d'homme, tête d'ange ». Sœur de François 1er, elle joua un rôle capital au cours de la première partie du XVIe siècle. Elle est aussi connue pour être, après Christine de Pizan et Marie de France, l'une des premières femmes de lettres françaises, surnommée la « dixième des muses », notamment pour son recueil de nouvelles connu aujourd'hui sous le titre « L'Heptaméron ». Sans oublier sa nièce, Marguerite de France, fille de François 1er, âme des cours de France et de Savoie, protectrice des poètes de la Pléiade. Quelle femme fut plus complexe et déroutante que « la Belle Indienne », Françoise d’Aubigné, à la trajectoire de comète, depuis une enfance misérable et une union humiliante avec le poète Paul Scarron jusqu’au titre de Madame de Maintenon et le mariage d’amour avec le roi de France Louis XIV, le Roi-Soleil !

Plus exotiques, Hürrem ou Roxelane, première sultane Haseki, épouse de Soliman le Magnifique et Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie, ou Joséphine Bonaparte, rescapée de la Terreur, impératrice des français et reine d’Italie. Dévalorisée par la déformation de son image au XIXè, elle commence enfin à être mieux connue. On apprécie aujourd’hui son rôle de mécène en matière de mode (peinture, joaillerie, mobilier) et surtout de botanique dont elle était passionnée. Retirée à la Malmaison, elle a envoyé des botanistes à travers le monde pour enrichir la collection de sa roseraie et contribué à introduire de nombreuses espèces nouvelles en France et sur la Côte d’Azur. Et voici une belle légende, celle de sa cousine, Aimée Dubuc de Rivery qui serait devenue la kadine Nakshidil, puis Sultane Validé, dite la Grande Sultane, mère du sultan Mahmoud II de l’Empire ottoman. En fait cette sultane était Naksh-i-Dil Haseki, née vers 1768 dans le Caucase ou en Géorgie, épouse d’Abdülhamid 1er. Ce qui n’enlève rien à son rôle politique majeur dans les relations France-Turquie et la modernisation du sultanat.

Aujourd’hui, ce sont  des femmes engagées dans la politique. Saluons une très grande « femme d’Etat », Indira Priyadarshini Gandhi, née Nehru en 1917, Premier ministre de l’Inde, assassinée en 1984 (66 ans) et la française Simone Veil, rescapée de la Shoah et femme politique célèbre, plusieurs fois ministre et présidente du parlement européen, cinquième femme à être inhumée au Panthéon, en juillet 2018.

 

Les Pionnières du féminisme

J’aurais pu vous parler de Christine de Pisan ou Pizan, philosophe, poétesse, considérée comme la première femme écrivain de langue française ayant vécu de sa plume ou de la volcanique Olympe de Gouges, femme de lettres et révolutionnaire humaniste, la première à revendiquer les « Droits de la femme et de la citoyenne ». Ou d’Anne-Louise-Germaine Necker, baronne de Staël-Holstein, l’éblouissante enfant surdouée de Necker, dont Napoléon disait : « J’ai quatre ennemis, la Prusse, la Russie, l’Angleterre et Madame de Staël  ».  Egalement de ces femmes–phares que sont dans l’histoire du féminisme George Sand, Virginia Woolf et Simone de Beauvoir. J’ai préféré mettre à l’honneur la très belle Mary Wollstonecraft (1759-1797), femme de lettres anglaise, philosophe, féministe et certainement l’une des plus anti-conformistes des grandes fondatrices. Autrice de la « Défense des Droits de la femme », elle a eu comme fille et émule celle qui est devenue Mary Shelley.

 

Les Aventurières

Qui ne connaît Alexandra David-Néel, venue finir à Digne les Bains une vie bien remplie. Karen Dinesen, baronne Blixen, entre autres titres de gloire fut l’héroïne en 2017 d’une des plus belles « bagarres » sur notre blog. Gertrud Bell faisait déjà partie de notre sélection pour le « Vagabondage » en 2018. Quant à Sidonie Gabrielle Colette, on l’imagine toujours en train d’écrire à la plume sur du vélin souple, jetant un coup d’œil sur les jardins du Palais Royal, tout en surveillant la guêpe qui razzie la confiture du plateau à thé. Comment imaginer qu’avant de devenir cette matrone rassise et arthritique, elle a dansé nue (ou peu s’en faut) au music-hall (pendant six ans !), et qu’elle a fait scandale par sa liberté d’allure, ses trois mariages, ses liaisons fracassantes.

J’ai choisi de privilégier Béryl Markham, personnalité flamboyante, cavalière et pilote intrépide, qui vécut en Afrique au même moment que la baronne Blixen et aima les mêmes hommes, en hommage aux pionnières de l’aviation. En effet, les femmes ont été très longtemps confinées aux sports traditionnels : golf, tennis, équitation et natation, par les réticences des organisateurs des grandes rencontres nationales et internationales, en raison de l’« insuffisante vigueur de la femme » et de sa « fragilité physiologique ». A l’orée du XXè, non contentes de réussir à participer aux Jeux Olympiques, elles se sont engouffrées dans les nouvelles disciplines : cyclisme, parachutisme, aviation. Cette rubrique veut être le souvenir des aviatrices et détentrices de records  Hélène Boucher, Maryse Bastié, Adrienne Bolland (1921 : première femme à passer la Cordillère des Andes), et surtout de l’étonnante Marie Félicie Élisabeth Marvingt, (1875-1963) surnommée « la fiancée du danger », pionnière de l’aviation en France et l'une des meilleures alpinistes du début du XXe siècle. A une époque où l'image de la femme française était tout simplement celle d'une bonne maîtresse de maison, elle pratiquait la natation, le cyclisme, l’alpinisme, l’aéronautique, l’aviation, l’équitation, la gymnastique, l’athlétisme, l’escrime, les jeux d’adresse : tir, tennis, golf, polo. Infirmière, licenciée en lettres et parlant sept langues, elle inventa l’aviation sanitaire en 1910. Elle est la femme la plus décorée de l'histoire de France, comptabilisant trente-quatre décorations, dont la Légion d'honneur et la Croix de guerre avec palmes.

 

Les Femmes de tête 

Plus encore que les sportives, les femmes intellectuelles ont été méconnues et discréditées. On a souvent voulu escamoter leurs dons sous le prétexte qu’elles étaient des amoureuses ou des mystiques. Citons l’allemande Hildegarde de Bingen ou de Rupertsberg, (fin XIè-début XIIè), écrivaine, musicienne, linguiste, naturaliste et guérisseuse, et l’espagnole Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada dite Thérèse d’Avila (XVIè), poétesse, philosophe, théologienne, fondatrice, épistolière et voyageuse infatigable, patronne de l’Espagne, toutes deux Docteur de l’Eglise (catholique). La française Emilie du Châtelet, philosophe, physicienne et  mathématicienne, traductrice en français d’Isaac Newton et maîtresse de Voltaire, ce qui lui a peut-être plus nui que profité. La polonaise naturalisée française Maria Salomea Skłodowska, ou Marie Curie, physicienne, chimiste. Scientifique d'exception, elle est la première femme à avoir reçu le prix Nobel reste à ce jour la seule personne à avoir été honorée dans deux disciplines distinctes (physique en 1903 et chimie en 1911). L’italienne Maria Montessori (1870-1952), docteur en médecine, psychiatre, anthropologue, militante socialiste et féministe. La britannique Rosalind Franklin, pionnière de la biologie moléculaire, morte à 37 ans, victime comme Marie Curie de la surexposition aux radiations lors de ses recherches, et spoliée du prix Nobel 1962 récompensant la découverte de la structure de l’ADN.

Ces femmes sont, malgré tout, aujourd’hui très connues.

Mais qui se souvient de la française Sophie Germain (1776-1831), autodidacte de génie, mathématicienne, physicienne et philosophe, découvreuse du théorème d’arithmétique qui porte son nom ? et qui sait qu’Hedy Lamarr, autrichienne naturalisée américaine, star hollywoodienne capricieuse à souhait, connue pour sa vie amoureuse mouvementée, a été à l’origine de la « technique Lamarr » toujours utilisée actuellement pour les liaisons chiffrées militaires, la téléphonie mobile ou la technologie Wi-fi ? Quand vous utilisez votre smartphone, pensez à elle ! 

 

Les Femmes de cœur

Elles sont la plus belle incarnation de la générosité et de la bravoure. Depuis les « reines » que furent Diane de Poitiers à la Renaissance et Ninon de Lenclos aux XVIIè/XVIIIè,  elles illuminent les siècles qui ont eu l’honneur de les accueillir : Freda Josephine McDonald, dite Joséphine Baker (née en 1906 aux USA et naturalisée française) première star noire, chanteuse et danseuse. Elle prit tous ses risques dans la Résistance en France et dans la lutte pour l’émancipation des noirs avec Martin Luther King. Edith Gassion dite Edith Piaf (née en 1915), incontestablement la chanteuse et parolière française la plus connue dans le monde. Jean Cocteau disait d’elle : « Je n'ai jamais connu d'être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait, elle en jetait l'or par les fenêtres ». Très éprouvée par sa vie sentimentale et ses excès, Edith Piaf s’est éteinte en 1963 à Plascassier. Elle n’avait que 47 ans.

Toujours dans le domaine de l’art, une pensée pour l’américaine Peggy Guggenheim (1898-1979), mécène autodidacte, collectionneuse d'art moderne et galeriste. Providence des artistes fauchés, dont elle faisait une grosse consommation, et soutien du groupe d'exilés surréalistes aux USA, son « flair » a été longtemps déconsidéré du fait de sa liberté de vie.  Son musée est à Venise et ne doit pas être confondu avec ceux de la Fondation Solomon R. Guggenheim à New York et Bilbao. Et pour la mexicaine Magdalena Frida Carmen Kahlo Calderón dite Frida Kahlo (1907-1954) qui a su faire jaillir de son corps martyrisé et de sa vie libertaire une peinture d’une « extraordinaire force d’expression », selon les termes de celui qui fut son conseiller et deux fois son mari, Diego Rivera.

Voici enfin la française Simone Adolphine Weil (1909-1943), femme exemplaire qui a prouvé qu’une tête bien faite peut aller de pair avec les qualités de cœur les plus rares. Professeur de philosophie, humaniste, helléniste, écrivain, militante, sa quête exigeante de justice et de charité l’a amenée à travailler comme ouvrière puis à participer à la guerre d’Espagne et à la Résistance française. Elle est morte d’épuisement et de tuberculose à 34 ans dans un sanatorium anglais. Albert Camus disait qu’elle était le « seul grand esprit de notre temps ».

Puisque l’occasion nous en est donnée, en ces temps où l’on nous serine la nécessité d’une « réalisation personnelle » et où le souci des autres est regardé avec suspicion, voire condamné, rendons hommage à l’« inconnue » du Panthéon de Paris, première femme à y entrer. Elle s’appelait Sophie Caroline Niaudet. Née en 1837, elle n’était ni scientifique ni philosophe mais elle était cultivée et issue de la famille Bréguet où l’on n’a pas l’habitude d’être idiot. Elle a soutenu par sa force morale, son dévouement et son abnégation la belle carrière du chimiste et homme public Marcellin Berthelot et l’a assisté dans ses recherches. Les époux ont eu six enfants, tous brillants. Ils ont vécu ensemble quarante-six ans « dans une communauté de sentiments et de pensées qui les groupa en un couple parfait où n'auraient tressailli qu'un même cœur et brillé qu'un seul esprit » selon le discours d’Aristide Briand. Les termes paraissent aujourd’hui un peu pompiers mais le fait est que Berthelot n’a pas pu survivre à la mort de sa femme en 1907. On a dit sottement qu’elle avait été inhumée au Panthéon en tant qu’épouse, « avec son mari ». Qu’on nous permette de penser qu’il y a été inhumé « grâce à elle ».

 

Les contrariées et Les captives

On peut les jumeler car la frustration de l’œuvre va souvent de pair avec la perte de liberté. Ces femmes ont été enfermées quelques années, parfois leur vie entière.

Après Radegonde, princesse barbare et reine des Francs, la meilleure représentante d’une destinée brillante contrecarrée est Héloïse de Garlande dont nous avons déjà beaucoup parlé au club de lecture, il y a juste un an. Considérée de nos jours comme une des premières  femmes « savantes », elle fut un esprit exceptionnel, certainement un des meilleurs cerveaux de son temps. Alors qu’elle était déjà connue pour son érudition et ses chansons, sa correspondance avec Abélard a montré qu’elle se mouvait à l’aise dans la théologie, l’exégèse et la philosophie. Mariée contre son gré et en secret, obligée d’abandonner leur fils, persécutée, calomniée, elle dut se réfugier dans des retraites sûres ou des couvents tout le reste de son existence.

On connaît les compositrices et virtuoses Maria Anna Mozart, sœur de Wolfgang Amadeus,  et Fanny Mendelssohn, sœur de Félix, toutes deux sacrifiées à la carrière de leur frère, Clara Schumann, enfant prodige, concertiste et compositrice, effacée par son époux Robert, ainsi que Camille Claudel, sculpteur de génie, enfermée à vie comme folle, sans même que Paul, son illustre frère, vienne lui rendre visite.

Le cas des soeurs Brontë, (entre 1816 et 1850), est plus complexe car Charlotte, Emily et Anne, poétesses et romancières, sans avoir été à proprement parler enfermées ni contrariées,  ont été bridées par la pauvreté et leur condition féminine. Très éprouvées par la mort de leur mère, de leurs deux sœurs aînées et de leur seul frère, tendrement aimé, tous par tuberculose, elles ont connu un très douloureux isolement à la fois matériel et moral. Elles-mêmes ont été atteintes de la fameuse « consomption » et sont mortes très jeunes. Leur talent a eu du mal à percer.

Autre talent qui ne parvient pas à percer, celui de Mileva Maric (1875 – 1948), mathématicienne et physicienne d’origine serbe. En 1896, Mileva Marić était la seule femme élève à l'Institut polytechnique de Zurich où elle rencontra Albert Einstein. En 1900, à la sortie de l’école, leurs moyennes étaient de 4,7 pour Mileva, 4,6 pour Albert. Ils ont commencé à travailler ensemble et se sont mariés en 1903. Albert Einstein a publié des articles en son seul nom, toutefois dans leurs lettres privées, ils parlaient de leur travail commun. Albert Einstein lui a écrit le 27 mars 1901 : « Comme je serai heureux et fier quand nous aurons tous les deux ensemble mené notre travail sur le mouvement relatif à une conclusion victorieuse ! » Aujourd’hui encore, la reconnaissance de son travail est soumise à débat.

Parmi les captives fameuses, citons Marguerite de Valois, dite la Reine Margot, (1553-1615), femme d’Henri IV, emprisonnée ou assignée à résidence la plus grande partie de sa vie. Son image, trahie surtout par les historiens et romanciers du XIXè, est en cours de réhabilitation.

Clémence-Louise Michel (1830-1905) dite Louise Michel ou Enjolras, institutrice, militante anarchiste, féministe, libertaire. Figure majeure de la Commune de Paris, elle a été déportée en Nouvelle-Calédonie pendant presque dix ans et encore emprisonnée plusieurs fois après son retour en France. Très populaire, la « vierge rouge » a poursuivi son activité militante jusqu’à sa mort.

A ces grandes figures, il faut ajouter les femmes anonymes, prisonnières de guerre ou esclaves, sultanes ou femmes cultivées des harems ottomans du XIXè, si bien décrites par Pierre Loti qui fut un des rares à les approcher.

Une de ces femmes est Phillis ou Phyllis Wheatley,  la première poétesse noire américaine de renom. Née en 1753 au Sénégal, elle fut capturée et vendue comme esclave à sept ans. Son livre « Poems on Various Subjects » fut publié en 1773, trois ans avant le début de la Révolution américaine. Elle est morte en 1784, à 31 ans.

Les rubriques « sous prolétaires », « orphelines et vieilles » sont consacrées à des situations féminines qui occupent peu de place dans la mémoire collective ou dans les préoccupations de notre temps et qui sont pourtant toujours d’une grande actualité.

 

La mauvaise réputation ou les légendes noires

 

En plus d’effacer leurs vies et leurs œuvres, la mémoire collective a accablé beaucoup de femmes d’une réputation sulfureuse. Ces légendes noires se sont faites à tort ou à raison, mais elles ont été fondées presque toujours sur des rumeurs, bien plus que sur des faits établis.

Quel que soit le domaine, l’image des femmes est en général très négative, mais les grands thèmes diffamatoires sont souvent les mêmes que ceux qui affectent les hommes. On remarquera cependant qu’à part la Comtesse Bathory, il y a peu de criminelles sadiques de « grande envergure », catégorie bien représentée chez les hommes. On trouve essentiellement :

Les sanguinaires, avec Frédégonde, reine des Francs ;

Les empoisonneuses, avec Marie-Madeleine Anne Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers, et sans Lucrèce Borgia, ni Catherine de Médicis, reine de France, qui ne fut peut-être pas aussi « noire » qu’on l’a dit ;

Les vampires, avec Erzsebeth Bathoury ou Bathory ;

Les délirantes de haut vol, avec Elisabeth en Bavière, impératrice d’Autriche et reine de Hongrie et Virginia Woolf ;

Les espionnes, avec Mata Hari ;

Les sorcières et les marâtres, racontées dans les contes de fées et autres œuvres, d’imagination ou par trop vécues et documentées…

 

ET  DEMAIN ?

 

D’après le site « Madmoizelle », une étude sur les manuels scolaires de français, menée en 2013, a révélé que « les femmes autrices (3,7%) et artistes (6,7%) sont très peu citées par rapport à leurs homologues masculins (respectivement 96,3% et 93,3%). Le plus frappant est le très faible taux d’occurrence de femmes philosophes (0,7%) ».

Le collectif féministe Georgette Sand a créé un « Tumblr » baptisé « Invisibilisées », pour mettre en lumière les femmes dont les actions, œuvres et vies sont passées à la trappe ou sont peu connues. Régulièrement mis à jour et étoffé, le « Tumblr » promet des découvertes passionnantes. Si les biographies vous paraissent sommaires, vous pouvez aller sur Internet pour explorer cette moitié de l’humanité si longtemps dédaignée.

 

 

 

 



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Commentaires/ 1

  • Portrait de Beatrice RAMOIN PETITJEAN
    Beatrice RAMOIN... (non vérifié)
    fév 04, 2019, 16:39-répondre

    Bravo FL...Une immersion complète dans ce monde des femmes dont les plus touchantes sont celles sont ainsi sorties de l'oubli.. merci pour cet enorme travail très enrichissant


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